Jérémy Kartner : « Dessiner à été ma premiere façon de parler »

À 30 ans, Jérémy Kartner ne se lasse pas de caresser le papier. Illustrateur, il a établi ses quartiers artistiques dans les ateliers de Zone Art, côté cour du 37 rue Battant, à Besançon. Depuis environ deux ans, il fourbit crayons et pinceaux afin de perfectionner ses créations. Pour Degré Kelvin, Jérémy a accepté de livrer une épure orale de ses travaux.

Jérémy, quelle est la mission de Zone Art ?

Zone Art est un collectif bisontin qui regroupe plusieurs artisans. Il fonctionne comme une grande maison autogérée où tout le monde vend ses créations et met la main à la pâte. Tout ça dans une bonne ambiance. C’est par le bouche-à-oreille que j’y ai atterri. On m’a suggéré d’y jeter un oeil, puis tout s’est enchaîné rapidement. Avec Vivi (une des mamans de Zone Art), notamment. Elle m’a proposé d’exposer. Puis, j’ai participé à des événements comme le marché de Noël par exemple. Un atelier s’est libéré et j’ai fini par m’y installer. Voilà presque deux ans que je travaille dans les locaux du collectif. C’est une belle histoire !

 

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« J’ai opté pour des études qui me permettraient de passer mon temps à dessiner »

Comment vous est venue cette vocation artistique d’illustrateur ?

Ce n’est pas une vocation artistique. C’est un besoin d’enfant qui ne s’est jamais arrêté. Ce n’est qu’une partie de ce que je réalise dans mes travaux. Mais c’est la plus ancienne. Avant de savoir écrire, je dessinais déjà beaucoup. Comme tous les enfants… À côté de ça, je m’amuse à créer des machines qui ne servent strictement à rien. J’ai approché la vidéo, à travers une série de six épisodes sur une invasion zombie. Tapez ‘« zombies Besançon » dans un moteur de recherche et vous les trouverez facilement. C’est une bonne série pour apprendre toutes les erreurs à ne pas commettre. Il m’arrive quelquefois de peindre des fresques, même si la peinture n’est pas véritablement mon truc. J’écris aussi… ! C’est vaste. Je dors peu, alors il faut que je m’occupe. En tout cas, je dessine le plus souvent possible. Naturellement, plus jeune, j’ai opté pour des études qui me permettraient de passer mon temps à dessiner… Donc, je me suis orienté vers les Beaux Arts. Et même avant. Dès le lycée, j’ai suivi des études de dessinateur-maquettiste, option art graphique. Aujourd’hui, j’ai une montagne de croquis. Mais, je n’en exploite que très peu. J’essaye d’être sincère avec moi-même : ce que je produis, c’est mon « vomi » ! J’expulse tout ce que j’ai à dire. Il s’agit d’une authentique thérapie. Je conseille à tout le monde d’en faire autant. Dessiner a été ma première façon de parler. Et finalement, le domaine dans lequel je suis le mieux compris.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Vraiment dans tout. Quand je dis tout, c’est principalement tout ce qui me touche. Je n’ai pas de catégorie précise. Je peux puiser autant dans les personnes que je rencontre que dans des films, des BD ou de la musique. Des gens dans un magasin. Cela m’est déjà arrivé. Ils n’étaient pas beaux, mais j’ai scotché dessus. Je ne les ai pas encore dessinés. Peut-être un jour. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont imprimés dans ma tête. Parfois, je suis pris par une seule case dans une BD. Une seule. Tout ce qui m’entoure et me touche s’avère susceptible de m’inspirer : Alphonse Mucha, Burton, Tony Sandoval.

 

Comment définiriez-vous votre technique picturale ?

Aléatoire et dépendante de mes humeurs. Je dessine beaucoup à l’encre de Chine, sans format particulier.

 

Parlez-nous de votre projet : Le monde de Yahvée

Ce n’est pas un projet ! Ce ne sera jamais ce que les gens voudront que ce soit ! Je dirais que c’est un trip d’ado. Qui peut se donner le nom de Dieu, en tant qu’artiste ? On n’a jamais vu d’artiste s’appeler Allah ! Cela provoquerait un scandale. Moi, j’ai décidé de m’appeler Yahvé ! Petit à petit, c’est devenu Yahvée, puis Le monde de Yahvée. Je ne gère rien. Le monde de Yahvée pourrait être représenté par un classeur qui réunit tous les dessins qui se rapportent à ce monde. J’ai plein d’autres classeurs. Et en ce moment, c’est celui qui me fait bouffer ! Étrangement, c’est aussi le plus personnel. Pour la finalité, Yahvée représente la féminisation du nom de Dieu.

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« Marilou est l’une des muses. C’est la raccommodeuse de cœurs »

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La femme a effectivement une place importante dans votre monde. Pour quelle raison ?

Toutes les femmes que j’ai rencontrées ont eu une influence sur mon travail. Même si physiquement, ce que je dessine ne les représente pas. Je dirais plutôt qu’elles ont en quelque sorte façonné l’image du personnage central de mes illustrations. Ce personnage n’a jamais vraiment le même visage, ni la même coupe de cheveux. Je l’appelle ma muse. J’ignore si c’est une chance ou non, mais ma muse n’est pas quelqu’un de précis ! Elle évolue. Un peu trop d’ailleurs. Marilou est l’une des muses. C’est la raccommodeuse de cœurs. Elle est la première muse qui m’a incité à réaliser un livre. J’ai sorti une édition limitée à cinquante exemplaires, lesquels ont été écoulés. Je compte en rééditer une version plus complète. Pour résumer, c’est une raccommodeuse de cœurs la journée, et la nuit elle a d’autres activités. Mais il faudra lire le livre pour découvrir de quoi il s’agit.

 

adieu mon chaton

Travaillez-vous actuellement sur d’autres projets ?

J’ai des projets BD en cours. De la vidéo aussi. Derrière la caméra. L’exposition Polymanga, en Suisse, se profile également à l’horizon. Je l’ai remportée en 2013. Cette année, un grand combat se disputera entre tous les anciens gagnants de l’expo. Je donne rendez-vous aux éventuels intéressés du 18 au 21 avril au 2M2C de Montreux ! Sinon, je me verrais bien collaborer à votre magazine. Je pourrais vous concocter quelques illustrations, à l’occasion. N’y aurait-il pas un peu de place pour moi dans les pages de Degré Kelvin ? (rires)

 

4heures du mat

Interview / Rédaction : Marine Barret / Samuel Balmeur

Jérémy Kartner – Illustrateur
France, Doubs (25), Besançon / Facebook / Skyblog / Artblog
Atelier & Boutique : Zone Art, 34 rue Battant, 25000 Besançon