Christophe Tattu : «L’Inde, le paradis du photographe»

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« La culture indienne englobe tout ce que je recherche. C’est-à-dire des émotions très fortes, voire extrêmes. Dans la même journée, on peut passer par tous les états d’esprit possibles. Partir à la découverte d’un autre continent ne m’intéresse pas, car je crois au fond de moi que je risquerais d’être déçu. »

 

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Christophe Tattu n’a d’yeux que pour elle. L’Inde. Sa seconde patrie. Un amour qui surgit dans sa vie alors qu’il est encore adolescent. Difficile de se l’expliquer. C’était probablement inscrit dans son karma. Beaucoup de choses se ressentent, peu se justifient. Quand il vole pour la première fois à sa rencontre, à l’âge de 27 ans, un esprit de défi l’anime : « Je voyage en Inde depuis 1999. Au début, on part un peu pour la découverte, pour ‘’l’exploit sportif’’ ». Puis l’histoire entre l’homme et son pays d’accueil évolue. « Progressivement, ces motivations disparaissent. Il n’est plus simplement question d’empiler les kilomètres. On part pour les relations humaines, pour chercher, mais aussi voir ce que l’on peut offrir de soi. »

 

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Avec Christophe, nulle autre possibilité que l’échange. Son regard est une invitation au voyage, d’un bleu des cieux les plus lointains. Sa voix est chaude et rassurante. Tout dans sa façon d’être exprime une formidable acuité à lire le monde, à vouloir le comprendre. La photographie était faite pour lui, pour transformer sa vision de la réalité en image à partager. « Devenir photographe est le résultat d’un parcours de vie basé sur l’aventure. À force de voyager, j’ai pris l’habitude de photographier les gens que je rencontrais, des paysages que je traversais. Me lancer dans cet univers me tenait à cœur. Et je me suis donc professionnalisé. »

 

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Spécialisé dans le mariage et le portrait, le Franc-comtois, originaire de Gy, s’est établi à Ornans depuis deux ans. Il y jette l’ancre la majeure partie de l’année, entre deux voyages. Dernière virée en date, une traversée de l’Inde, du nord au sud. Un parcours réalisé à vélo, son moyen de transport de prédilection, et consistant à rallier Bombay à Calcutta au printemps 2013. Cette huitième expédition gardera pour lui une saveur bien particulière : « Je suis parti de Bombay à vélo, sans avoir organisé quoi que ce soit. Strictement rien, si ce n’est avec l’idée d’arriver à Calcutta dans un temps imparti qui était d’une quarantaine de jours. J’avais oublié malencontreusement ma carte routière. Je n’avais qu’une direction cardinale approximative pour sortir de Bombay. En cours de route, tout était très ouvert. Je me suis montré complètement disponible pour les gens que j’ai rencontrés et cela a été l’un de mes plus beaux voyages. Ce départ à l’improviste était volontaire. Je suis arrivé à un moment dans ma vie où j’éprouvais un besoin de renouveau. Et ce voyage m’a réellement apporté tout ce que je recherchais. Beaucoup d’assurance, de contact humain. En soi, un tremplin qui a fonctionné à merveille ».

 

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En chemin, Christophe s’ouvre au monde qui l’entoure. Appareil photo en mains, il veille à saisir les instants les plus précieux, les visages, les scènes qui le touchent. La magie opère aisément tant les Indiens aiment se prêter à ce jeu : « L’Inde est un pays qui adore la photo. Il suffit de sortir son appareil pour qu’automatiquement les gens posent. C’est le paradis du photographe ! »

 

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Quand le pays est en fête, Christophe immortalise les moments de liesse des habitants, comme lors de Holi, la Fête des couleurs. « Il s’agit d’une fête absolument extraordinaire. Bien, qu’elle ne soit pas la fête nationale, c’est en quelque sorte le 14 juillet indien. Elle puise sa symbolique dans l’arrivée du printemps. À cette occasion, pendant 24 heures, le pays est submergé par les couleurs. Les habitants s’aspergent d’eau colorée, n’épargnant aucunement leurs vêtements. Il faut donc le savoir avant et se préparer en conséquence. Cela dit les festivaliers sont très respectueux des photographes. Lors de mon premier voyage, moi et mon compagnon de route ne connaissions pas cette fête. En 2013, je m’y suis rendu en connaissance de cause. Depuis quatorze ans, je n’y avais pas assisté. Je voulais la revoir, m’en imprégner, en profiter. Beaucoup de musique, beaucoup d’excès… Quand l’Inde est en fête, elle n’a pas de limites. »

 

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Partir avec un « mulet »

Se déplaçant systématiquement par ses propres moyens dans tout le pays, Christophe choisit avec précaution son équipement photographique. « Comme on dit en Formule 1, je pars avec mon mulet ! Je n’emporte pas l’appareil que j’utilise de façon professionnelle. Je m’équipe de matériel de très bonne qualité, mais que je garde d’ordinaire en secours. Ce choix provient de ma façon de voyager. Le matériel, au même titre que l’humain, est soumis à de fortes vibrations. Les conditions de route sont difficiles, avec beaucoup de poussière, de secousses. Je préfère exposer le mulet plutôt que la pièce maîtresse. »

 

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Devant l’objectif, un pays bouleversant déplie son éventail de contrastes. Parmi eux, les enfants. « Les Enfants de loin » ainsi qu’il les surnomme, le fascinent : « Ils sont loin pour diverses raisons. D’abord géographiquement, mais aussi dans la façon dont ils vivent. Souvent, ces enfants ont des rôles d’adultes. Dès l’âge de 10-12 ans, ils ont la responsabilité de tenir le restaurant de leur père, par exemple. Certains arrêtent l’école. Du coup, ils deviennent adultes assez rapidement ».

 

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Dans sa galerie, l’artiste ornanais, lui-même père d’un petit garçon, compile les visages, les sourires, parfois le dénuement d’une jeunesse bien loin des préoccupations occidentales.

 

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Prochaine étape : le voyage immobile

 

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Dès qu’il en aura l’occasion, Christophe partira à nouveau sur les routes d’Asie méridionale. Toutefois, sa préparation sera sensiblement différente de sa précédente sortie.
« Mon voyage se divisera en deux temps. La première quinzaine se déroulera dans un petit village dans l’état du Maharashtra pour lequel j’ai eu un véritable coup de foudre. Les habitants qui m’ont accueilli ne sauront rien de mon retour. Cette fois, j’ai l’intention de pratiquer le voyage immobile, ce dont je suis privé lorsque je me déplace à vélo. Je veux pouvoir m’imprégner du lieu, y passer quelques jours. Ensuite, je partirai dans le nord du pays où j’ai le projet d’atteindre le Mont Kailhash, situé au Tibet. »

 

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La seconde étape revêt une importance capitale pour le photographe. Il s’agira de sa cinquième tentative de passage au travers de la frontière tibétaine. L’objectif est de réaliser un rêve obsédant, et ce, en dépit du danger : « On attribue un pouvoir spirituel énorme à cette montagne. La plupart des religions comme l’hindouisme et le bouddhisme y voient l’axe du monde. C’est une montagne un peu inaccessible. Je cacherai mon matériel au fond de mon sac. Pas question d’avoir l’appareil en bandoulière. De toute manière, s’il y a tentative de passage, ce sera de nuit. Les risques seraient d’être pris et expulsé. Mais aussi que ce rêve ne se réalise pas. Le danger est là : ne pas réaliser un rêve ».

 

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Déterminé, Christophe démontre cette assurance qu’ont les aventuriers. Il ira par-delà tous les obstacles pour atteindre l’inatteignable. Il avance calmement, sans bruit, et l’on pourrait se prendre à croire qu’il pratique la méditation, tel un sadhu. « Non, répond-il, je ne pratique pas la méditation. Par contre, j’adore partir en randonnée dans la vallée de la Loue. J’ai conscience de la beauté de ce lieu. J’adore m’y promener. C’est également une forme de méditation, une grande respiration de l’esprit. » La force de cet homme, de ce photographe, de ce passeur d’émotions, réside probablement dans cet équilibre entre l’ici et l’ailleurs. Entre Ornans et l’Inde, Christophe Tattu suit sa « voie du milieu », dans une quête sans cesse renouvelée de la vision parfaite. Et c’est indéniablement pour cette raison que sa photographie manifeste une sensibilité telle qu’elle nous paraît flotter à la surface du papier. Une sensibilité extrême… à fleur d’encre.

 

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Interview / Rédaction : Stéphane Pellaton / Samuel Balmeur

 

Christophe Tattu – Photographe
France, Doubs (25), Ornans / Site Internet / Facebook / Courriel : c.tattu@gmail.com

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